Le Cheval de Mérens : le Prince Noir des Pyrénées

Le Cheval de Mérens

Une silhouette noire dans la brume

Il est sept heures du matin sur les hauteurs d’Orgeix. La brume traîne encore entre les mélèzes quand une forme sombre se détache sur la pente, immobile, puis une deuxième, une troisième. Un troupeau de petits chevaux noirs, la crinière emmêlée par la nuit, broute tranquillement comme s’il n’y avait personne à des kilomètres à la ronde. Ils n’ont pas de clôture. Ils n’en ont jamais vraiment eu besoin.

Ce sont des chevaux de Mérens — et ils sont chez eux ici depuis bien plus longtemps que nous.

Un cheval qui a l’âge des grottes

Sur les parois de la grotte de Niaux, à quelques dizaines de kilomètres d’ici, des chasseurs préhistoriques ont peint des chevaux il y a environ 14 000 ans. Leur silhouette trapue, leur encolure épaisse, leur allure robuste ressemblent, trait pour trait, à celle du cheval de Mérens d’aujourd’hui. Ce n’est sans doute pas un hasard : cette race est originaire de la haute vallée de l’Ariège, et elle porte encore la marque de ces origines très anciennes.

Le village qui lui a donné son nom, Mérens-les-Vals, se love au pied du col du Puymorens, à une vingtaine de minutes de route d’Ax-les-Thermes. C’est là, dans ces estives d’altitude où l’hiver dure longtemps et où l’été est rude, que le cheval de Mérens a appris à devenir ce qu’il est : rustique, capable de supporter des climats très différents, agile sur les terrains accidentés, et suffisamment calme pour qu’on lui confie sans crainte un enfant ou un randonneur qui monte à cheval pour la première fois.

Le cheval qui a failli disparaître

L’histoire aurait pu s’arrêter là, tout simplement, avec la mécanisation de l’agriculture dans les années 1950 et 1960. Le cheval de Mérens, comme beaucoup de races de trait et de travail, n’avait soudain plus vraiment d’utilité. Les effectifs se sont effondrés. La race a frôlé l’extinction.

C’est une poignée d’éleveurs passionnés qui a refusé de la laisser disparaître, à partir des années 1970. Peu à peu, patiemment, ils ont reconstitué les troupeaux, réappris à valoriser ce petit cheval noir pour ce qu’il pouvait offrir de nouveau : l’équitation d’extérieur, la randonnée en montagne, le saut d’obstacles, l’attelage — et toujours, en toile de fond, le travail à l’estive, fidèle à sa vocation d’origine.

Le pari a été gagné. En 2023, la filière a célébré les 90 ans des journées nationales de la race, rassemblant chaque année éleveurs et passionnés à Bouan, sur la route nationale 20, tout près de Sinsat. Depuis 2017, deux nouveaux registres généalogiques (stud-books) ont même ouvert en Allemagne et en République tchèque, aux côtés de ceux qui existaient déjà en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Le petit cheval ariégeois, autrefois au bord de l’oubli, concourt aujourd’hui jusqu’au Salon de l’Agriculture et à Equita Lyon.

L’Association Nationale du Cheval de Mérens (Société Hippique d’Élevage de la race Pyrénéenne Ariégeoise), qui veille sur la race, a son siège à Foix, à moins d’une heure d’Ax-les-Thermes.

Monter à cheval près d’Ax-les-Thermes

Toute cette histoire reste bien vivante à quelques minutes de votre studio. À Orgeix — le même village que vous croisez déjà sur notre itinéraire de randonnée vers le lac de Campauleil — le Haras des Cimes propose des randonnées équestres avec des chevaux principalement de race Mérens, parfaitement adaptés au terrain montagnard : robustes, calmes et sûrs.

Plusieurs formules existent, du premier contact avec le cheval jusqu’à la sortie plus sportive :

  • Découverte — une balade douce et accessible en vallée, idéale pour les débutants et les familles. Environ 45 €.

  • Aventure — une sortie avec un peu plus d’allures et de sensations sur des sentiers de montagne, pour cavaliers ayant déjà une première expérience. Environ 60 €.

  • Demi-journée — l’exploration de sentiers pyrénéens et de villages, à partir du niveau G2. Environ 75 €.

  • Journée de vallée en vallée — une immersion complète en montagne, à partir du niveau G3, avec la possibilité d’un pique-nique en pleine nature. Environ 110 €.

Le centre accueille aussi bien les cavaliers débutants que confirmés, avec des cours adaptés à tous les âges — de quoi occuper aussi bien un adolescent curieux de découvrir l’équitation qu’un adulte qui a déjà quelques heures de selle derrière lui.

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Les tarifs et niveaux requis peuvent évoluer d’une saison à l’autre. Contactez directement le Haras des Cimes (Orgeix, 09110) au +33 6 08 52 32 29 ou par email à librevallee@gmail.com pour réserver et confirmer les conditions actuelles.

Pour les cavaliers qui rêvent d’itinérance sur plusieurs jours, le réseau national des « SHERPA Mérens » met en relation randonneurs et éleveurs proposant des étapes en itinérance à cheval à travers les Pyrénées ariégeoises — une autre façon, plus longue, de suivre les traces du petit cheval noir.

Un compagnon, pas une légende

Les randonneurs qui croisent, l’été, un troupeau de chevaux de Mérens évoluant en liberté sur les crêtes imaginent parfois des chevaux sauvages. Ce n’est pas tout à fait exact. Le Mérens est un compagnon de toujours pour les villages ariégeois — un cheval de travail, de montagne et aujourd’hui de loisir, qui a simplement gardé, dans son allure et sa robustesse, quelque chose de la liberté des estives.

C’est peut-être cela, au fond, qui rend une sortie à cheval près d’Ax-les-Thermes si particulière : on ne monte pas seulement sur un cheval. On partage, l’espace d’une heure ou d’une journée, l’histoire d’une race qui a failli disparaître — et qui galope de nouveau, libre, sur les pentes où elle est née.

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