Histoire d'Ax-les-Thermes : six enquêtes sur l'eau chaude

Une eau qui met des siècles à remonter de cinq kilomètres de profondeur. Un bassin de pierre dont on ne sait pas vraiment qui l’a construit, ni pourquoi. Deux pièces de monnaie pour toute l’époque romaine. Un train qui a mis onze ans à arriver, et un casino qu’il a fallu près de trente ans pour achever. Ax-les-Thermes garde ses histoires dans ses sources, dans ses murs et dans ses archives, et elle les raconte rarement de la même façon d’un guide à l’autre.

Nous avons voulu remonter aux documents. Les six enquêtes qui suivent s’appuient sur les notices de l’Inventaire du patrimoine, les rapports de fouille, les études de géologues et les pages des institutions locales. Elles obéissent à une règle simple : dans chacune, nous séparons ce que les sources établissent, ce qu’elles suggèrent et ce qu’elles laissent ouvert. Vous verrez que les questions ouvertes sont souvent les plus belles. Lisez-les dans l’ordre, de la plus ancienne à la plus récente, ou choisissez celle qui vous intrigue.

Les Romains ont-ils pris les eaux à Ax ? Deux pièces, un doute

« Station thermale depuis l’époque romaine » : la formule se lit partout. Pourtant, la mairie ne cite qu’une trace romaine, deux monnaies des IIIe et IVe siècles trouvées au XIXe siècle par un certain « abbé Garrigou », qui n’était peut-être pas abbé. À Luchon, les Romains ont laissé des autels, des bassins et des canalisations. À Ax, ils ont laissé deux pièces. Que peut-on vraiment en conclure ? L’enquête passe des fouilles de 2006 à l’hypothèse d’un village gallo-romain, et explique ce qui prouverait, ou non, l’existence de thermes antiques.

Le bassin des Ladres : légende ou berceau du thermalisme ?

Place du Breilh, on peut encore tremper ses pieds, gratuitement, dans un bassin du XIIIe siècle. La tradition affirme qu’il a été construit en 1260 pour soigner des soldats de Saint Louis revenus lépreux des croisades. Mais les sondages de 2006 datent la pierre, pas l’intention, et le nom de « Ladres » n’apparaît par écrit qu’à la fin du XVIIIe siècle. Cinq siècles de silence : la légende est-elle vraie, tardive, ou un peu des deux ? Une enquête sur un monument classé que tout le monde croit connaître.

De la baraque au casino : Ax devient une ville d’eaux

En 1821, un plan montre les bains d’Ax : des bâtiments bas et sobres, des cabines, des baignoires. Un siècle plus tard, la ville possède un casino avec un théâtre, des parcs, une compagnie thermale et l’électricité. Entre les deux, une histoire de reconstructions : le Teich et ses verrières, le Modèle et ses 72 actionnaires, un premier projet de casino condamné par un cimetière, un concessionnaire londonien écarté en 1901, et en 1907 un théâtre couvert de bâches faute de toit. Comment une bourgade thermale est-elle devenue une station de la Belle Époque ?

Pourquoi le train est-il arrivé à Ax 11 ans après Tarascon ?

En 1877, le train s’arrête à Tarascon. Il n’atteindra Ax qu’en 1888. Pendant onze ans, le curiste venu de Toulouse doit finir son voyage autrement, tandis que la station voisine d’Ussat organise ses omnibus depuis la gare. La voie devait d’abord s’arrêter à Tarascon, et la vallée monte : 230 mètres de dénivelé sur environ 25 kilomètres. L’attente a-t-elle coûté cher à la ville d’eaux ? Et pourquoi Ax est-elle restée le terminus pendant plus de quarante ans, jusqu’à l’ouverture de la ligne vers l’Espagne, en 1929 ? Un récit de rails, de conseillers généraux et de doutes.

60 sources, 2 forages : où est passée l’eau chaude d’Ax ?

En 1988, seize sources alimentaient encore les thermes. Aujourd’hui, deux forages suffisent. Entre les deux, la ville a compté une soixantaine de sources, dont on ne sait même pas exactement combien, tant les chiffres varient selon ce que l’on compte. Elles ont été polluées, captées, abandonnées. Deux d’entre elles servent de témoins vivants, car elles doivent continuer à couler, et une autre sort toujours de terre sous un immeuble. L’enquête remonte le voyage de l’eau, à cinq kilomètres sous le massif granitique, et raconte comment une ville a remplacé ses sources par des tuyaux.

Les thermes d’Ax : de la commune à Eurothermes, et retour

Qui possède l’eau d’Ax, qui possède les murs, et qui soigne les curistes ? En 1985, la commune crée une société d’économie mixte. En 1994, un contrat de trente ans confie l’exploitation à un groupe privé. En décembre 2023, la société d’économie mixte rachète l’exploitant pour 5,5 millions d’euros. Entre-temps, les sources ne disent pas toutes la même chose sur la propriété des bâtiments, et les curistes sont passés d’environ 8 000 dans les années 1960 à 4 000 en 2023. Une enquête sur l’argent, le pouvoir et l’eau chaude.

Par où commencer ?

Si vous aimez les énigmes, commencez par le bassin des Ladres et les deux pièces romaines. Si vous préférez les chiffres et les cartes, lisez l’histoire des sources et des forages. Si l’économie locale vous intéresse, l’enquête sur les exploitants des thermes vous surprendra. Et pour comprendre pourquoi la ville ressemble à ce qu’elle est, la Belle Époque et le train donnent les clés.

Ces enquêtes restent ouvertes. Vous possédez une carte postale ancienne, une photographie, un souvenir de famille lié aux thermes ou au casino ? Écrivez-nous à contact@axstays.com : nous complétons nos articles avec ce que vous nous apportez, et nous citons nos sources.

Envie de remonter plus loin dans l’histoire de la région, au-delà des thermes ? À une dizaine de kilomètres, les ruines du château de Lordat racontent un autre pan du passé de la Haute-Ariège : le dernier refuge des cathares pourchassés après la chute de Montségur.

Pour prolonger la visite, notre page sur le Studio Natik se trouve à 160 mètres à pied des thermes.